EditoExercice 2018-2019

Retour sur l’exercice 2018-2019

Accompagner l’évolution rapide des modes de productions agricoles
Entretien croisé avec Jérôme Calleau, président & Jacques Bourgeais, directeur général


DES FILIÈRES À L’ÉVOLUTION CONTRASTÉE

Jacques Bourgeais (JB) : Les filières agricoles n’évoluent pas toutes au diapason. Tout d’abord l’exercice a démarré avec des récoltes 2018 très moyennes en rendement. Au global, un décrochage de 10 % des tonnages a été observé sur la coopérative par rapport à la campagne précédente. Les prix avaient repris un peu de vigueur mais sont restés pénalisés par un niveau de stock mondial important et par des qualités françaises très moyennes (même si notre région a fait exception). En productions animales, le porc a traversé un exercice encore compliqué, avant la remontée fulgurante des cours observée sur la fin de l’exercice. En canard, nous avons vécu l’inverse : un exercice qui a démarré sur fond de pénurie pour se terminer avec un grave excédent. Le contexte laitier s’est amélioré mais les cours de la viande bovine se sont maintenus sans grand relief. Un statu-quo global en a résulté sur « la ferme Cavac », avec des situations de trésorerie dans les exploitations qui en moyenne, ne se sont pas dégradées.


UN CONTEXTE GÉNÉRAL ET NOTAMMENT AGRICOLE, BIEN ANXIOGÈNE !

Jérôme Calleau (JC) : Ce que l’on peut retenir d’essentiel des mois écoulés, c’est l’accélération du phénomène de stigmatisation du monde agricole et tout cela à grands renforts médiatiques. Cette radicalisation des postures (les gilets jaunes en sont une illustration ô combien marquante sur la période) fait franchement peur. Quand on est agriculteur, il n’est plus possible d’aller chez son boulanger sans se voir reprocher de traiter son blé. La pression sociale et médiatique n’a jamais été aussi forte pour nous demander de produire de façon durable, en respectant les animaux, les paysages, les cours d’eau et la santé des consommateurs. La solution est exposée comme étant simple et il n’est pas un citoyen, pas un expert télévisé, qui ne saurait quoi faire s’il était agriculteur : passez tous au Bio, à l’agro-écologie et à la production de lentilles, on vous remerciera. Par contre, nous attendons toujours que la consommation suive… Soit on est durable, mais pas rentable, soit on est performant, mais détesté. De plus en plus, on s’excuse d’exister et on fantasme l’élevage, comme un métier fait de cages. Le résultat in fine est terrible: on constate une déprise de l’élevage et on préfère importer de la viande d’animaux élevés en cage et/ou dopés aux hormones à l’étranger.

Il est peu de métiers où l’on reçoive tant de leçons, sans jamais considérer notre rôle dans sa globalité. À la tête d’exploitations essentielles, exerçant un métier physique et compliqué, les agriculteurs ont pourtant besoin d’un soutien à grande échelle. À défaut de les protéger des aléas qui peuvent ruiner des mois de travail en quelques heures, cela leur apporterait peut-être un peu de cette sérénité qui leur manque si cruellement aujourd’hui.


Il est peu de métiers où l’on reçoive tant de leçons, sans jamais considérer notre rôle dans sa globalité


COMMENT SORTIR DE CETTE SPIRALE QUELQUE PEU INFERNALE ?

JC : Ce n’est indéniablement pas simple. Il faut communiquer positivement et faire preuve de pédagogie auprès de nos concitoyens, même si nos contradicteurs sont souvent plus forts que nous et qu’ils parviennent à entrainer les politiques avec eux. Il faut tenir compte des attentes des consommateurs mais ces derniers sont remplis de contradictions avec des actes d’achat souvent très éloignés du discours ambiant. Il faut aider un maximum d’agriculteurs à réduire l’utilisation de produits chimiques mais sans les mettre en péril économiquement et sans créer de déséquilibre entre l’offre et la demande en Bio pour chacune des filières. Tout en sachant que nous-mêmes, coopératives agricoles, nous sommes l’objet de critiques virulentes et qu’en matière de phytosanitaire nous allons devoir nous adapter à une réglementation éminemment restrictive.


Alors oui, Cavac s’emploiera durablement, à accompagner toutes les formes d’agricultures, aptes à concilier viabilité économique et respect de l’environnement.


En Bio, le groupe Cavac est devenu un acteur majeur et nous contractualisons sur des durées longues (jusqu’à 5 ans) avec les agriculteurs, dans la limite de ce que nous pouvons vendre et contractualiser dans la durée avec les clients aval. Nous avançons sur des démarches intermédiaires de type sans pesticides appliqués sur la plante. Nous sommes à l’affût de tout ce que les nouvelles technologies et notamment l’agriculture de précision peuvent apporter en matière d’optimisation des intrants… Nous renforçons notre expertise agronomique. Nous avançons oui, avec volontarisme, mais sans brûler les étapes !


QUE DIRE DES RÉSULTATS DE LA COOPÉRATIVE ET DU GROUPE ?

JB : Le contexte s’est voulu un peu plus compliqué pour la coopérative qu’il ne l’avait été l’année antérieure (récoltes en retrait, pincement des marges en nutrition animale,…). Pour autant, le résultat de la coopérative ressort conforme à notre plan de marche. Au niveau consolidé, les filiales du pôle « agro-transformation » se sont bien comportées à l’exception de Bioporc, qui a traversé une zone de turbulences avec un équilibre matière pas toujours facile à réaliser en viande, a fortiori Bio. Le résultat consolidé ressort à 6,2 millions d’euros contre 7,1 millions l’année antérieure pour une capacité d’autofinancement qui est passée de 26 à 24,5 millions. Cela reste toutefois un niveau satisfaisant et qui permet de maintenir un niveau d’investissements ambitieux (28 Millions sur l’exercice écoulé). Ces investissements ont su concilier l’amont agricole avec l’important centre de travail du grain d’Aizenay, l’activité de fabrication de minéraux -Astémix- et d’extrusion de graines à Fougeré, le démarrage d’une usine neuve de fabrication d’aliments Bio pour animaux toujours à Fougeré… et l’aval de nos filières (démarrage de l’extension -doublement- de l’usine Biofournil, acquisition d’Atlantique Alimentaire à La Rochelle…). À cela s’est rajouté le redéploiement complet du Gamm vert de Saint-Gilles-Croix-de-Vie qui vient parachever notre programme de modernisation de notre réseau de jardineries.


EN QUELQUES MOTS, COMMENT QUALIFIERIEZ-VOUS LE POSITIONNEMENT ET LES AXES STRATÉGIQUES DE CAVAC ?

JC : Nous avons à cœur depuis longtemps, de travailler les filières qualité et de chercher la différenciation et les leviers de valeur ajoutée pour nos sociétaires. Qu’ils s’agissent des filières végétales sous cahiers des charges, des productions de semences et de légumes ou bien des filières animales sous signe de qualité (à ce titre l’arrivée dans le groupe Cavac, des Eleveurs de Challans label emblématique du territoire conforte encore un peu plus nos positions), nous sommes un acteur reconnu. Et pas étonnant non plus, que nous soyons également en avance dans le domaine de la Bio. Au-delà de nos positions en amont des filières, nous avons su ces dernières années, constituer un écosystème intéressant de PME en filiales gravitant autour de nos métiers.


Ces filiales agroalimentaires et même agro-industrielles visent à valoriser préférentiellement les productions de nos adhérents


Ces filiales agroalimentaires (et même agro-industrielles s’agissant des produits d’isolation pour le bâtiment à base de chanvre), visent à valoriser préférentiellement les productions de nos adhérents. Et elles se situent toutes dans un rayon d’une heure de route autour de notre barycentre. Ces filiales agroalimentaires nous permettent de mieux percevoir aussi les nouvelles attentes des consommateurs. Et c’est ainsi que nous nous employons à couvrir un large spectre de ces attentes. Ainsi du commerce équitable avec Agri-Éthique ou des circuits-courts (coopcorico.fr & produitici.fr).

La résilience du groupe Cavac tient à la fois à la diversité de ses activités agricoles et tout autant, à l’heure où bon nombre de ces filières agricoles sont en mutation, dans sa capacité à disposer demain d’autres leviers de croissance. Cette diversité de métiers offre également l’avantage de pouvoir proposer une approche globale (produits & services) de l’exploitation agricole. Mais c’est aussi cet ancrage territorial fort qui caractérise aujourd’hui Cavac. Nous évoluons sur un périmètre géographique restreint qui permet d’optimiser nos flux et qui facilite grandement la proximité plus que jamais indispensable, avec nos adhérents.


À travers ce positionnement, nous sommes déterminés à nous adapter et à faire en sorte que Cavac soit demain le bon modèle, qui sécurise et qui accompagne les agriculteurs dans un monde très changeant.


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