EditoExercice 2017-2018

Retour sur l’exercice 2017-2018

Production agricole, modes de consommation : les changements de modèle s’accélèrent !
Entretien avec Jérôme Calleau, président & Jacques Bourgeais, directeur général

QUE RETENIR D’ESSENTIEL DE CET EXERCICE 2017-2018 ?

Jérôme Calleau : Sur le plan des performances technico-économiques des exploitations du territoire, disons que cet exercice 20172018 aura été sans grand relief. Une récolte 2017 très correcte mais des prix dégradés, une conjoncture laitière moyenne mais non critique, des filières viande toujours fragiles. D’un point de vue plus politique, le secteur agricole comme l’économie française en général aura vécu la première année de l’ère Macron avec cette volonté de réformer, de transformer à marche forcée…

ET QUE PENSEZ-VOUS DES NOUVELLES LIGNES QUI SE DESSINENT ?

Jacques Bourgeais : L’analyse qui est faite de la situation agricole est juste ; mais les dispositions envisagées pour réformer et le « pas de temps » pour conduire les réformes peuvent laisser davantage perplexes. Vouloir montrer au reste du monde que notre agriculture est la plus vertueuse, en cherchant à monter toujours en gamme pour pouvoir conquérir de nouveaux marchés et apporter davantage de valeur ajoutée, est une démarche louable. Vouloir réduire drastiquement demain les pesticides de synthèse (le sujet qui alimente les médias de façon récurrente) est un message bien entendu.
Mais encore faut-il que les consommateurs évoluent aussi vite en matière de comportement d’achat et encore faut-il dans un périmètre économique (notamment l’UE) très perméable, que nous ne soyons pas envahis dans le même temps, par des produits d’importation ne respectant pas nos critères. Faute de quoi, les contraintes toujours plus fortes, génératrices de vrais surcoûts, deviendront insupportables et viendront dégrader le revenu déjà faible des agriculteurs. Et faute de quoi en matière de Bio, certaines filières atteindront vite leur seuil de saturation…

Il nous faut travailler en matière de produits nonBio, à une troisième voie qui passe par un panier de solutions permettant de réduire le chimique, sans pour autant exposer les agriculteurs à des risques extrêmes de contreperformances, ni nos clients à des pénuries de marchandises sur nos filières qualité. C’est une démarche qui existe depuis un certain temps maintenant (appelonsla, « agriculture écologiquement intensive », « agriculture raisonnée »…), une démarche complexe et passionnante mais qui nécessite de donner du temps au temps.
En Bio, Cavac est un acteur important et nous contractualisons sur des durées longues (jusqu’à 5 ans) avec les agriculteurs, dans la limite de ce que nous pouvons vendre et contractualiser dans la durée avec les clients aval. C’est bien dans cet esprit que nous avançons, avec volontarisme mais sans brûler les étapes, autant pour le conventionnel que pour le Bio.
L’agronomie retrouve ses lettres de noblesse, les nouvelles technologies parmi lesquelles l’agriculture de précision, constitueront un indéniable accélérateur demain. Les mutations sont en cours et il faut que le monde politique et la société civile valident cette feuille de route, sans vouloir tout remettre en cause dans l’instant.

QUE DIRE DES RÉSULTATS DE LA COOPÉRATIVE ET DU GROUPE ?

Jacques Bourgeais: Le contexte agricole a été certes mi-figue mi-raisin, mais néanmoins sans crise majeure et il a permis une exploitation satisfaisante au niveau de la coopérative. En tout cas conforme à notre plan de marche.
Les trésoreries des exploitations se sont en outre et en moyenne, plutôt un peu améliorées. Les performances de nos activités industrielles (agroalimentaires et agro-matériaux) se sont au global confirmées. Ainsi le résultat net du groupe progresse pour atteindre 7 millions d’euros avec une capacité d’autofinancement consolidée également en progression et qui atteint le niveau de 26,3 millions d’euros. Un seuil que le groupe n’avait pas encore franchi et qui permet de maintenir un niveau d’investissements ambitieux (27 millions d’euros sur l’exercice écoulé).
Ces investissements se sont beaucoup focalisés sur les métiers de base agricoles avec notamment la construction d’un important centre de travail du grain à Aizenay pour 10,3 millions d’euros, d’un centre de stockage de légumes secs à Mouilleron-le-Captif pour 4,2 millions d’euros et puis l’extension des fonctionnalités de l’usine de fabrication d’aliments de Fougeré (micro-dosage, fabrication de minéraux et d’extrudés…) pour 5,2 millions d’euros d’enjeu global.
Et pour compléter ces aspects économiques, on notera que le groupe a dépassé les 100 millions d’euros de fonds propres au 30 juin 2018. Ils auront été ainsi multipliés par 2 en 8 ans. Ce qui permet d’atteindre un standard plus conforme et renforce la solidité du groupe et du même coup la confiance des partenaires.

LA MUTATION DES MODÈLES AGRICOLES NÉCESSITE DE SORTIR DES SENTIERS BATTUS. EST-CE BIEN L’ÉTAT D’ESPRIT QUI VOUS ANIME ?

Jérôme Calleau : Oui. Travailler les filières qualité et introduire de nouvelles productions est dans les gènes de Cavac depuis de nombreuses années. On perçoit bien dans le contexte actuel, l’avantage de pouvoir accéder à des filières différenciantes pour pouvoir prendre un peu de distance par rapport au mass-market qui subit de plein fouet les turbulences des marchés internationaux. En matière de cultures, il s’agit aussi de participer à l’enrichissement des assolements dont la vertu agronomique est indéniable.
Évidemment nous ne possédons pas la baguette magique permettant de corriger les turbulences des marchés ; évidemment les cultures proposées sont souvent contingentées et ne sont pas éligibles partout. Mais avec près de 65 % de la collecte de céréales et oléagineux en filières et quelque 13 500 hectares de productions végétales spécialisées (semences, légumes, chanvre…) le groupe Cavac contribue à renforcer la résilience des exploitations de ses adhérents. Et c’est la même chose avec les filières qualité contractualisées en productions animales. Par rapport à des productions standards et en raisonnant « net d’éventuels surcoûts inhérents à certaines filières & productions », nous estimons en effet à plus de 10 millions d’euros par an, les plus-values nettes qui reviennent aux agriculteurs engagés à nos côtés. Et nous excluons le Bio de ce calcul.
Nous avançons également sur le registre du commerce équitable et du juste prix payé. Un enjeu majeur pour l’agriculture ! Ainsi le pacte Agri Éthique, une initiative née de Cavac, permet aux différents acteurs d’une filière de contractualiser sur une durée et à un prix garanti. Une démarche de commerce équitable Nord-Nord qui vient coiffer nos cahiers des charges qualité existants. Blés meuniers, œufs, porc fermier de Vendée. Agri-Éthique se déploie sur des gammes conventionnelles comme sur des gammes Bio.

TOUT CELA EST DE NATURE À RÉPONDRE AU MIEUX À L’ÉVOLUTION DES ATTENTES DES CONSOMMATEURS. D’AUTRES INITIATIVES QUI VONT DANS CE SENS ?

Jacques Bourgeais : Le consommateur est complexe. Il veut un rapport qualité-prix compétitif mais il est aussi de plus en plus sensible aux allégations santé et puis il est de plus enclin à des achats responsables et porteurs de sens : le commerce équitable comme cela a été évoqué, les produits de proximité, les démarches protégeant la planète, le souci du bien-être animal… C’est un subtil dosage de ces attentes qui guide de plus en plus l’acte d’achat. Le consommateur souhaite être rassuré sur la provenance de ses produits. Nous avons le site de vente en ligne terredeviande.coop mais nous venons également de lancer le site produitici.fr qui vise à améliorer la visibilité de tous nos producteurs qui font de la vente directe.
La coopérative est très impliquée dans les filières amont Bio (production de céréales, de légumes secs, de porcs, d’œufs…). Elle n’entend pas faire du Bio son seul levier de croissance mais la consommation sur ce segment de marché évolue indéniablement de façon soutenue et les prix à la production restent mieux protégés. Sans faire obstacle aux autres modes de production, Cavac y renforce donc ses positions. Et les filiales Bioporc, Biofournil, Olvac permettent d’aller plus loin dans la captation de valeur en transformant les produits.

« La résilience du groupe Cavac tient en effet à la fois à la diversité de ses activités agricoles et tout autant, à l’heure où bon nombre de ces filières agricoles sont en mutation, dans la capacité à disposer d’autres leviers de croissance. »

QU’EN EST-IL DE VOS INITIATIVES EN TERMES DE CROISSANCE VERTE ?

Jacques Bourgeais : Nous restons là sur le même registre consistant à rechercher des leviers de croissance en périphérie de nos métiers de base. L’activité de fabrication de biomatériaux « Biofib’ » affiche une belle croissance. Cavac a acquis une position de leader sur le marché des produits d’isolation bio-sourcés d’origine agricole. Nous transformons également les écarts de triage de céréales en ingrédients pour la nutrition animale et la biomasse énergie. Nous avons également investi dans un outil de micronisation de matières premières agricoles (anas de lin notamment) pour l’industrie.
La résilience du groupe Cavac tient en effet à la fois à la diversité de ses activités agricoles et tout autant, à l’heure où bon nombre de ces filières agricoles sont en mutation, dans la capacité à disposer d’autres leviers de croissance.

QUELLES RECOMMANDATIONS SERIEZ-VOUS TENTÉS DE FORMULER AUPRÈS DES SOCIÉTAIRES ?

Jérôme Calleau : À l’heure où l’imprévisibilité des marchés est devenue la règle, les exploitations agricoles comme la coopérative qui en est le prolongement , doivent s’efforcer de gagner en agilité : savoir cibler les bons investissements, diversifier les productions, sécuriser ce qui peut l’être. Il n’y a pas de modèle agricole idéal. L’essentiel est la capacité à produire pour un marché rémunérateur. L’agriculture est plurielle et elle doit le rester car il n’y a pas un consommateur mais des consommateurs, devenus consom’acteurs et aller à contre-courant des tendances de marché, serait un non-sens sur le moyen terme.
Enfin ne sous estimons pas la vitesse vertigineuse avec laquelle le monde évolue. Le numérique qui envahit nos vies, nos métiers, nos équipements, est porteur de menaces mais aussi d’opportunités que les jeunes notamment, sauront mettre à profit j’en suis certain, d’une agriculture nouvelle génération. C’est le défi de la coopérative aussi que d’accompagner avec compétence mais sans brutalité, ces mutations profondes.
Plus globalement et plus que jamais, les agriculteurs ont besoin d’espaces d’échanges et de formation (tels que le module Cybèle destiné aux jeunes). Et la coopérative fait partie de ces lieux.


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